Réapprendre à voir les plantes

15 Mai 2026 | Nature, Réflexion

Partagez

La céc­ité botanique se définit par cette dif­fi­culté que nous avons à remar­quer les végé­taux qui nous entourent, à les recon­naître et à com­pren­dre leur impor­tance dans nos vies.

Selon plusieurs chercheurs, cette céc­ité serait liée, entre autres, à l’urbanisation crois­sante, à notre éloigne­ment du monde naturel, à la place dom­i­nante accordée aux ani­maux dans notre cul­ture, mais aus­si à notre ten­dance à porter davan­tage atten­tion à ce qui bouge, fait du bruit ou nous ressem­ble.

En tant qu’écrivaine pub­liant aus­si pour la jeunesse, ce qui m’a par­ti­c­ulière­ment frap­pée en lisant un arti­cle sur le sujet pub­lié dans The Con­ver­sa­tion, c’est juste­ment la place accordée aux plantes dans l’imaginaire des enfants.

Dans la lit­téra­ture jeunesse, les films et les dessins ani­més, les ani­maux devi­en­nent des per­son­nages, des héros, des fig­ures émo­tion­nelles fortes. Ils par­lent, ressen­tent, souf­frent, aiment. Nous nous atta­chons à eux.

Les plantes, elles, restent sou­vent à l’arrière-plan dans les réc­its des­tinés aux enfants. Même lorsqu’une forêt occupe une place cen­trale dans une his­toire, l’enfant retien­dra sou­vent les ani­maux avant les arbres eux-mêmes. Et ce n’est pas anodin.

Après avoir lu sur le sujet, j’ai d’ailleurs fait un petit test chez moi, en par­courant quelques albums jeunesse de ma bib­lio­thèque. Le con­stat était frap­pant. Même dans les albums où les arbres et les plantes occu­paient une place impor­tante, le végé­tal ser­vait surtout à trans­met­tre un mes­sage écologique ou à soutenir des émo­tions humaines. Comme si les plantes, à elles seules, ne pou­vaient pas vrai­ment porter une his­toire ou sus­citer un attache­ment pro­fond.

Nous pro­té­geons plus facile­ment ce qui nous touche affec­tive­ment, ce que nous recon­nais­sons ou ce que nous savons nom­mer. Lorsque les plantes devi­en­nent invis­i­bles dans notre imag­i­naire col­lec­tif, elles risquent aus­si de le devenir morale­ment et poli­tique­ment. Com­ment pren­dre soin de ce dont nous ignorons l’existence ?

Il ne s’agit évidem­ment pas d’opposer les ani­maux et les végé­taux, comme s’il fal­lait aimer moins les uns pour voir davan­tage les autres. Le prob­lème réside plutôt dans le déséquili­bre de notre atten­tion. Nous anthro­po­mor­phisons énor­mé­ment les ani­maux, tan­dis que les plantes demeurent silen­cieuses dans notre cul­ture, alors qu’elles ren­dent pour­tant pos­si­ble presque toute forme de vie.

Les plantes nour­ris­sent, fil­trent l’eau, pro­tè­gent les sols, rafraîchissent les villes, captent du car­bone et sou­ti­en­nent les écosys­tèmes dont nous dépen­dons. Mais elles nous ramè­nent aus­si à autre tem­po­ral­ité. Elles bougent peu. Elles ne cri­ent pas. Elles ne fuient pas. Elles deman­dent une atten­tion soutenue, dans une époque qui val­orise surtout l’immédiat, le mou­ve­ment et la stim­u­la­tion con­stante.

Observ­er un arbre, en con­naître la var­iété en prê­tant atten­tion à ses feuilles, recon­naître dif­férentes plantes et dif­férents champignons, atten­dre qu’une fleur appa­raisse, par exem­ple, tout cela exige de la patience, mais aus­si une atten­tion à ce qui ne cherche pas à capter notre regard.

Peut-être qu’apprendre à mieux voir les plantes, ce n’est pas seule­ment dévelop­per des con­nais­sances en botanique. C’est aus­si réap­pren­dre à habiter notre monde autrement.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *