Ce mois-ci, mes lectures m’ont menée d’une relation amoureuse qui se referme comme un piège à une ville en décrépitude coupée du monde par un mur. Entre les deux, il y a eu des montagnes, une maison chargée d’histoires et une promenade dans Montréal aux côtés de Paul. Cinq livres, cinq façons de regarder ce qui nous lie aux autres, aux lieux et à notre propre histoire.
Dans Match, Lili Boisvert raconte comment, derrière les apparences, l’emprise peut se glisser dans une histoire d’amour. Ce qui m’a frappée, c’est la manière dont la relation d’Émilie se resserre peu à peu autour d’elle, jusqu’à brouiller ses repères. C’est un roman qui donne envie de secouer son personnage, mais qui permet aussi de mieux comprendre pourquoi il est si difficile de mettre fin à une relation délétère. J’ai lu ce roman sur les conseils de ma libraire, qui l’avait beaucoup aimé. Les libraires sont si souvent de bon conseil !
Avec Y a d’la joie, Michel Rabagliati fait revivre Paul dans le Montréal d’aujourd’hui. Le récit avance par fragments du quotidien (une promenade, un café, une musique, un souvenir), et laisse affleurer une mélancolie sous son titre lumineux. La joie n’est pas exubérante, loin de là. Elle se niche plutôt dans les détails auxquels Paul s’arrête, même lorsque le passé et le désenchantement occupent beaucoup de place. Il faut dire qu’avec l’actualité, il est difficile de poser sur le monde un regard serein…
Les huit montagnes de Paolo Cognetti m’a rappelé Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin, ainsi que plusieurs romans de littérature de nature (nature writing). Le roman suit l’amitié de Pietro et de Bruno. Durant l’enfance, ils se retrouvent d’abord chaque été à la montagne ; plus tard, les études et le travail les éloignent l’un de l’autre, et leurs rencontres se font plus sporadiques. Malgré tout, leur amitié perdure. La montagne façonne leur lien autant qu’elle nourrit leurs silences. Comme dans bien des romans de ce genre, elle devient un personnage à part entière. J’ai tout aimé de ce roman : l’écriture, la lenteur, ce qu’il nous apprend sur la vie en montagne, sans oublier la relation de Pietro avec son père, qui traverse tout le récit.
La Maison aux sortilèges est un roman fantastique où Emilia Hart tisse les histoires d’Altha, de Violet et de Kate, trois femmes issues d’une même lignée familiale et dotées de pouvoirs particuliers. Elles sont reliées par une même maison et par des violences qui se répètent au fil des siècles. L’alternance des récits fait monter peu à peu la tension, tandis que les plantes et les animaux deviennent des alliés dans la résistance de ces femmes. Cette violence qui traverse les générations est, malheureusement, toujours bien actuelle.
Enfin, Le mur de Christian Guay-Poliquin nous entraîne dans une ville en décrépitude, séparée du monde par une frontière dont on ignore l’origine. Héléna, le personnage principal, travaille comme une sorte de femme à tout faire pour une entreprise de réparation. Le roman s’intéresse moins à l’explication du mur qu’à ce qu’il change dans la vie des citadins : il bouleverse leur quotidien et nourrit leur désir de fuir.
De ces cinq lectures, je garde des images qui persistent : une femme qui tente de retrouver sa dignité après s’être perdue dans une relation amoureuse toxique, un Paul attentif à ce qui l’entoure, deux amis que la montagne rapproche et éloigne, une maison où les voix du passé continuent d’accompagner les femmes qui y ont trouvé refuge, et une ville lugubre, coupée du monde par un mur que nul ne peut apparemment franchir. Des livres très différents, mais qui rappellent, chacun à sa manière, que les lieux et les liens nous façonnent et qu’il arrive qu’il faille s’en éloigner pour mieux les appréhender.

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