Mes lectures de septembre

30 Sep 2026 | Mes lectures

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Ce mois-ci, mes lec­tures m’ont menée d’une rela­tion amoureuse qui se referme comme un piège à une ville en décrépi­tude coupée du monde par un mur. Entre les deux, il y a eu des mon­tagnes, une mai­son chargée d’histoires et une prom­e­nade dans Mon­tréal aux côtés de Paul. Cinq livres, cinq façons de regarder ce qui nous lie aux autres, aux lieux et à notre pro­pre his­toire.

Dans Match, Lili Boisvert racon­te com­ment, der­rière les apparences, l’emprise peut se gliss­er dans une his­toire d’amour. Ce qui m’a frap­pée, c’est la manière dont la rela­tion d’Émilie se resserre peu à peu autour d’elle, jusqu’à brouiller ses repères. C’est un roman qui donne envie de sec­ouer son per­son­nage, mais qui per­met aus­si de mieux com­pren­dre pourquoi il est si dif­fi­cile de met­tre fin à une rela­tion délétère. J’ai lu ce roman sur les con­seils de ma libraire, qui l’avait beau­coup aimé. Les libraires sont si sou­vent de bon con­seil !

Avec Y a d’la joie, Michel Rabagliati fait revivre Paul dans le Mon­tréal d’aujourd’hui. Le réc­it avance par frag­ments du quo­ti­di­en (une prom­e­nade, un café, une musique, un sou­venir), et laisse affleur­er une mélan­col­ie sous son titre lumineux. La joie n’est pas exubérante, loin de là. Elle se niche plutôt dans les détails aux­quels Paul s’arrête, même lorsque le passé et le désen­chante­ment occu­pent beau­coup de place. Il faut dire qu’avec l’actualité, il est dif­fi­cile de pos­er sur le monde un regard sere­in…

Les huit mon­tagnes de Pao­lo Cognetti m’a rap­pelé Le poids de la neige de Chris­t­ian Guay-Poliquin, ain­si que plusieurs romans de lit­téra­ture de nature (nature writ­ing). Le roman suit l’amitié de Pietro et de Bruno. Durant l’enfance, ils se retrou­vent d’abord chaque été à la mon­tagne ; plus tard, les études et le tra­vail les éloignent l’un de l’autre, et leurs ren­con­tres se font plus spo­radiques. Mal­gré tout, leur ami­tié per­dure. La mon­tagne façonne leur lien autant qu’elle nour­rit leurs silences. Comme dans bien des romans de ce genre, elle devient un per­son­nage à part entière. J’ai tout aimé de ce roman : l’écriture, la lenteur, ce qu’il nous apprend sur la vie en mon­tagne, sans oubli­er la rela­tion de Pietro avec son père, qui tra­verse tout le réc­it.

La Mai­son aux sor­tilèges est un roman fan­tas­tique où Emil­ia Hart tisse les his­toires d’Altha, de Vio­let et de Kate, trois femmes issues d’une même lignée famil­iale et dotées de pou­voirs par­ti­c­uliers. Elles sont reliées par une même mai­son et par des vio­lences qui se répè­tent au fil des siè­cles. L’alternance des réc­its fait mon­ter peu à peu la ten­sion, tan­dis que les plantes et les ani­maux devi­en­nent des alliés dans la résis­tance de ces femmes. Cette vio­lence qui tra­verse les généra­tions est, mal­heureuse­ment, tou­jours bien actuelle.

Enfin, Le mur de Chris­t­ian Guay-Poliquin nous entraîne dans une ville en décrépi­tude, séparée du monde par une fron­tière dont on ignore l’origine. Hélé­na, le per­son­nage prin­ci­pal, tra­vaille comme une sorte de femme à tout faire pour une entre­prise de répa­ra­tion. Le roman s’intéresse moins à l’explication du mur qu’à ce qu’il change dans la vie des citadins : il boule­verse leur quo­ti­di­en et nour­rit leur désir de fuir.

De ces cinq lec­tures, je garde des images qui per­sis­tent : une femme qui tente de retrou­ver sa dig­nité après s’être per­due dans une rela­tion amoureuse tox­ique, un Paul atten­tif à ce qui l’entoure, deux amis que la mon­tagne rap­proche et éloigne, une mai­son où les voix du passé con­tin­u­ent d’accompagner les femmes qui y ont trou­vé refuge, et une ville lugubre, coupée du monde par un mur que nul ne peut apparem­ment franchir. Des livres très dif­férents, mais qui rap­pel­lent, cha­cun à sa manière, que les lieux et les liens nous façon­nent et qu’il arrive qu’il faille s’en éloign­er pour mieux les appréhen­der.

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