Voici Arthur, mon arbre rabougri. Il n’est plus droit, ni flamboyant. Son écorce est crevassée, et son cœur, partiellement creux. Mais il tient encore fièrement debout, et tout ce qui l’entoure pousse en paix.
Les jeunes arbres profitent de l’ombre qu’il dispense. Les oiseaux se posent sans crainte sur ses branches sèches. Et moi, je m’arrête souvent pour l’écouter.
Il ne parle pas fort, mais il sait des choses que les jeunes pousses ignorent. Il a vécu les sécheresses et les tempêtes. Il en garde la mémoire. Il sait que la solidité ne se voit pas toujours, et que ce qui semble fragile est parfois ce qui tient tout le reste.
Je me demande pourquoi nous, les humains, oublions si vite cela. Pourquoi ce qui a traversé le temps peut-il si facilement devenir « gênant » ? Peut-être parce qu’en regardant vieillir les autres, c’est aussi l’écho de notre propre finitude que nous entrevoyons.
Nous préférons parfois détourner le regard. Comme si la vieillesse nous rappelait que nous aussi, un jour, nous ralentirons. Que nos corps changeront. Que nous porterons à notre tour les traces du temps.
Et pourtant, certains savoirs ne s’apprennent qu’en vivant longtemps. Qu’en traversant les tempêtes, les deuils, les recommencements. Certaines formes de douceur, de patience ou de solidité ne s’acquièrent qu’avec les années.
Ce vieil arbre me rappelle que la beauté ne disparaît pas avec les années. Elle change de forme, de couleur. Elle devient ressource, refuge, savoir et présence rassurante.
Et peut-être que mon vieil arbre nous invite, lui aussi, à regarder autrement. À voir ce qui demeure, plutôt que ce qui s’efface.

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