Sophie-Luce Morin

Écrivaine

Et si nos mots fabriquaient l’avenir ?

16 Août 2025 | Nature

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Chaque jour, les mêmes mots revi­en­nent, comme un refrain obsé­dant : crise cli­ma­tique, effon­drement de la bio­di­ver­sité, ten­sions sociales. Les pré­dic­tions du pire s’infiltrent dans nos con­ver­sa­tions, dans nos écrans, nos écrans et nos imag­i­naires. Mais je me demande si, à force de martel­er l’inéluctable, nous ne finis­sons pas par nour­rir ce que nous red­ou­tons. Car si l’on croit vrai­ment que « rien ne peut sauver la planète », il devient ten­tant de baiss­er les bras et de laiss­er la cat­a­stro­phe s’accélérer.

Sans sur­prise, les sci­ences sociales nous rap­pel­lent que les dis­cours façon­nent nos com­porte­ments. Plus on répète que tout est per­du, plus on installe la résig­na­tion. C’est ce que les chercheurs appel­lent la prophétie autoréal­isatrice.

Pour­tant, les don­nées mon­trent aus­si autre chose. Là où l’on met de l’avant des his­toires de coopéra­tion, d’ingéniosité, de régénéra­tion, les com­mu­nautés se mobilisent. Là où l’on val­orise des solu­tions déjà à l’œuvre, comme l’agriculture régénéra­tive, les éner­gies renou­ve­lables ou la restau­ra­tion des forêts, l’action suit.

Nous avons aus­si la respon­s­abil­ité de trans­met­tre à nos enfants l’espoir et l’élan de chercher des solu­tions. Car l’espoir, loin d’être naïf, est un moteur puis­sant de résilience et d’action. Leur appren­dre à recon­naître ce qui fonc­tionne déjà, à val­oris­er l’ingéniosité humaine et la beauté du vivant, c’est leur offrir un futur où bâtir reste pos­si­ble, plutôt que seule­ment crain­dre.

Il ne s’agit pas d’ignorer la grav­ité des défis, mais de chang­er de regard. Plutôt que de nous enfer­mer dans les scé­nar­ios d’apocalypse, pourquoi ne pas choisir des réc­its où le courage, l’inventivité et la sol­i­dar­ité devi­en­nent con­tagieux ?

Per­son­nelle­ment, j’avoue que je peine de plus en plus à lire cer­tains réc­its dystopiques qui dépeignent un avenir d’apocalypse : mers asséchées, villes en ruines, robots destruc­teurs, human­ité à bout de souf­fle. Ce qui me trou­blait jadis comme pure fic­tion me sem­ble désor­mais trop proche du réel. Suis-je la seule à ressen­tir que la réal­ité s’approche dan­gereuse­ment des his­toires que nous inven­tons ?

Les mots, comme les gestes, fab­riquent le réel. Et si l’on choi­sis­sait d’éclairer davan­tage ce qui con­stru­it, plutôt que ce qui détru­it ?

En regar­dant cet hori­zon, je me dis que la beauté résiste encore, dans ce monde qui change. Ces herbes qui s’accrochent à la vase, cette eau qui respire avec la marée, me rap­pel­lent que la vie sait renaître. Et si nos réc­its ressem­blaient à ce paysage, non pas faits de peur et de résig­na­tion, mais de patience et de promesse ? Voilà ce que j’aimerais trans­met­tre, surtout à nos enfants : la con­vic­tion qu’il y a tou­jours une voie vers la lumière.

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