Ce matin, le jardin s’est enveloppé de brume. Tout semble ralenti, feutré, comme suspendu dans le temps ou dans un autre monde. Les couleurs ressortent à peine, comme si elles retenaient leur souffle.
Et pourtant, dans cette lumière tamisée, se déploie une douceur particulière, une invitation au chuchotement, à l’écoute, à ce voyage intérieur.
Ces matins d’été me rappellent certains matins d’hiver, quand le paysage se couvre de neige, que le silence s’épaissit et que la vie entière paraît se mettre sur pause.
Ce silence, bien sûr, n’est jamais vide : il bruisse de mille vies, visibles ou invisibles. Il suffit de tendre l’oreille. Ici, une grenouille croasse. Là, des oiseaux pépient. Plus loin, les fougères frémissent sous le vent, tandis que la pluie perle lentement sur les carreaux.
Dans ces moments suspendus, les mots se manifestent autrement. Ils s’approchent à pas feutrés. D’ailleurs, c’est souvent sous la brume ou la bruine que j’écris les scènes les plus sensibles, les plus intimes, celles qui appellent au dévoilement.
Peut-être est-ce cela, écrire : apprivoiser le silence jusqu’à ce qu’il se mette à parler.

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