Peut-on arrêter de faire semblant que tout est normal sans s’effondrer ?

27 Mar 2026 | Réflexion

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Ce matin, mon fils m’a envoyé l’article de Josée Blanchette dans le Devoir sur l’essai de Nico­las Lan­ge­li­er : « Ce qu’on trou­ve dans la cen­dre ». Cette phrase m’est restée : « Si vous arrivez à être heureux en ce moment, j’aimerais con­naître le nom de votre push­er. »

J’ai ce livre chez moi. Je l’ai feuil­leté. Mais j’hésite à en com­mencer la lec­ture : j’ai peur qu’il me vole ce qu’il me reste d’espoir.

Revenons à la phrase de Blanchette. Je com­prends la lucid­ité der­rière cette boutade. Mais je me demande : être mal­heureuse, qu’est-ce que ça apporterait au monde ? Est-ce que ça ferait avancer les choses ? Je ne le crois pas.

Ce qui ferait vrai­ment avancer les choses, ce serait que nous deve­nions col­lec­tive­ment lucides, plutôt que de con­tin­uer à vivre dans le déni. Des villes suf­fo­quent sous des chaleurs records, des régions man­quent d’eau, les glac­i­ers fondent, et autour de moi, on par­le de voy­ages : l’Australie, le Japon, l’Antarctique, le petit périple dans le Sud pour tra­vers­er l’hiver, ou encore ce mariage qu’on organ­ise à Lon­dres. On achète : de nou­veaux vête­ments, des bébelles au Dol­lara­ma, la dix­ième paire de souliers ou le vingtième t‑shirt. On épuise les sols, on pompe, on extrait, on con­somme comme si de rien n’était.

Pourquoi choisir entre le déni et le dés­espoir, alors qu’on pour­rait choisir l’action et la révolte ?

Peut-on arrêter de faire sem­blant que tout est nor­mal sans s’effondrer ?

Pour ma part, pour rester lucide, j’organise ma vie autrement : il y a mes proches, mon jardin, mes plantes, mes livres, l’écriture. C’est mon refuge. Une petite vie. Pas banale. Pas plate. Ce n’est sim­ple­ment pas la vie de grands voy­ages aux qua­tre coins du monde que j’avais imag­inée. Voilà. « Tu n’as qu’à men­er ta vie comme tu l’en­tends », me diront cer­tains. Mais je ne le peux pas. Cette con­science de la fragilité de notre avenir ne me quitte plus.

Et oui, je l’avoue, j’aimerais qu’on soit plus nom­breux à ne plus pou­voir faire autrement.

Parce qu’à un moment don­né, il va bien fal­loir que quelque chose change.

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