Ce matin, mon fils m’a envoyé l’article de Josée Blanchette dans le Devoir sur l’essai de Nicolas Langelier : « Ce qu’on trouve dans la cendre ». Cette phrase m’est restée : « Si vous arrivez à être heureux en ce moment, j’aimerais connaître le nom de votre pusher. »
J’ai ce livre chez moi. Je l’ai feuilleté. Mais j’hésite à en commencer la lecture : j’ai peur qu’il me vole ce qu’il me reste d’espoir.
Revenons à la phrase de Blanchette. Je comprends la lucidité derrière cette boutade. Mais je me demande : être malheureuse, qu’est-ce que ça apporterait au monde ? Est-ce que ça ferait avancer les choses ? Je ne le crois pas.
Ce qui ferait vraiment avancer les choses, ce serait que nous devenions collectivement lucides, plutôt que de continuer à vivre dans le déni. Des villes suffoquent sous des chaleurs records, des régions manquent d’eau, les glaciers fondent, et autour de moi, on parle de voyages : l’Australie, le Japon, l’Antarctique, le petit périple dans le Sud pour traverser l’hiver, ou encore ce mariage qu’on organise à Londres. On achète : de nouveaux vêtements, des bébelles au Dollarama, la dixième paire de souliers ou le vingtième t‑shirt. On épuise les sols, on pompe, on extrait, on consomme comme si de rien n’était.
Pourquoi choisir entre le déni et le désespoir, alors qu’on pourrait choisir l’action et la révolte ?
Peut-on arrêter de faire semblant que tout est normal sans s’effondrer ?
Pour ma part, pour rester lucide, j’organise ma vie autrement : il y a mes proches, mon jardin, mes plantes, mes livres, l’écriture. C’est mon refuge. Une petite vie. Pas banale. Pas plate. Ce n’est simplement pas la vie de grands voyages aux quatre coins du monde que j’avais imaginée. Voilà. « Tu n’as qu’à mener ta vie comme tu l’entends », me diront certains. Mais je ne le peux pas. Cette conscience de la fragilité de notre avenir ne me quitte plus.
Et oui, je l’avoue, j’aimerais qu’on soit plus nombreux à ne plus pouvoir faire autrement.
Parce qu’à un moment donné, il va bien falloir que quelque chose change.

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