Tu peux encore !
Courir dans presque trente centimètres de neige fraîche, sur des sentiers à peine tracés par quelques marcheurs et leur chien, demande une énergie folle. À chaque pas, les jambes s’enfoncent, le souffle se fait court, le froid mord un peu les joues. Et pourtant, il y a dans cet effort quelque chose qui me rend profondément fière : chaque pas est une victoire, une façon de dire : « Tu peux encore ! »
Trois ans de constance
Cela fait maintenant trois ans que je m’entraîne régulièrement, dans différentes disciplines, entre six et huit heures par semaine. Trois années à apprivoiser la douleur chronique liée à la spondylarthrite ankylosante (SA), cette maladie auto-immune qui vient avec son cortège de raideurs, de fatigue et de maux de dos parfois invalidants. Trois années à apprendre à écouter ce corps parfois déroutant, à le respecter tout en l’invitant à repousser ses limites.
De la nécessité à la manière de vivre
L’entraînement a d’abord été une nécessité : c’était la seule manière de conserver ma mobilité et d’empêcher la douleur de prendre toute la place. Aujourd’hui, c’est devenu une manière de vivre : rester immobile trop longtemps me pèse, mine mon moral et me rend presque étrangère à moi-même.
Mais grâce à la constance de mes entraînements, à ces heures de course, de marche nordique, de musculation, de Pilates et d’ELDOA, je n’ai plus besoin d’immunomodulateurs. Ces traitements, qui affaiblissaient mon système immunitaire, me rendaient aussi vulnérable au moindre microbe circulant dans l’air. Pendant longtemps, fréquenter les foules m’était devenu impensable.
Retrouver la confiance
L’entraînement m’a rendu ce que la maladie menaçait de m’enlever : la confiance et la fierté. Peu à peu, bouger est devenu ma manière d’habiter la vie avec cette condition. Je continue d’avancer, même quand le froid s’installe, que la chaleur m’écrase ou que la neige, comme ce matin, ralentit tout. J’avance, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Chaque jour, je me sens un peu plus forte, un peu plus fière, un peu plus résistante.
Ce que la nature enseigne
Les victoires durables se tissent dans la constance et la persévérance. La nature nous le rappelle sans cesse : sous la neige, tout semble au repos, mais la vie veille, obstinée. Comme le ruisseau qui poursuit sa route sous la glace, ou ces feuilles de chêne qui résistent jusqu’à la fin, éclatantes jusque dans le froid.
Gratitude
Dans ces matins d’hiver où la forêt se couvre de blanc, où les dernières feuilles de bouleaux et de chênes brûlent encore de rouge et d’ocre, j’ai l’impression de courir au cœur même de la vie : fragile, vibrante et infiniment belle.
Et chaque fois, je ne peux qu’être remplie de gratitude devant tant de beauté.

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