Sophie-Luce Morin

Écrivaine

La lente victoire du corps sur la douleur

12 Nov 2025 | Bonheur, La beauté, Réflexion

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Tu peux encore !

Courir dans presque trente cen­timètres de neige fraîche, sur des sen­tiers à peine tracés par quelques marcheurs et leur chien, demande une énergie folle. À chaque pas, les jambes s’enfoncent, le souf­fle se fait court, le froid mord un peu les joues. Et pour­tant, il y a dans cet effort quelque chose qui me rend pro­fondé­ment fière : chaque pas est une vic­toire, une façon de dire : « Tu peux encore ! »

Trois ans de con­stance

Cela fait main­tenant trois ans que je m’entraîne régulière­ment, dans dif­férentes dis­ci­plines, entre six et huit heures par semaine. Trois années à apprivois­er la douleur chronique liée à la spondy­larthrite anky­losante (SA), cette mal­adie auto-immune qui vient avec son cortège de raideurs, de fatigue et de maux de dos par­fois inval­i­dants. Trois années à appren­dre à écouter ce corps par­fois déroutant, à le respecter tout en l’invitant à repouss­er ses lim­ites.

De la néces­sité à la manière de vivre

L’entraînement a d’abord été une néces­sité : c’était la seule manière de con­serv­er ma mobil­ité et d’empêcher la douleur de pren­dre toute la place. Aujourd’hui, c’est devenu une manière de vivre : rester immo­bile trop longtemps me pèse, mine mon moral et me rend presque étrangère à moi-même.

Mais grâce à la con­stance de mes entraîne­ments, à ces heures de course, de marche nordique, de mus­cu­la­tion, de Pilates et d’ELDOA, je n’ai plus besoin d’immunomodulateurs. Ces traite­ments, qui affaib­lis­saient mon sys­tème immu­ni­taire, me rendaient aus­si vul­nérable au moin­dre microbe cir­cu­lant dans l’air. Pen­dant longtemps, fréquenter les foules m’était devenu impens­able.

Retrou­ver la con­fi­ance

L’entraînement m’a ren­du ce que la mal­adie menaçait de m’enlever : la con­fi­ance et la fierté. Peu à peu, bouger est devenu ma manière d’habiter la vie avec cette con­di­tion. Je con­tin­ue d’avancer, même quand le froid s’installe, que la chaleur m’écrase ou que la neige, comme ce matin, ralen­tit tout. J’avance, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Chaque jour, je me sens un peu plus forte, un peu plus fière, un peu plus résis­tante.

Ce que la nature enseigne

Les vic­toires durables se tis­sent dans la con­stance et la per­sévérance. La nature nous le rap­pelle sans cesse : sous la neige, tout sem­ble au repos, mais la vie veille, obstinée. Comme le ruis­seau qui pour­suit sa route sous la glace, ou ces feuilles de chêne qui résis­tent jusqu’à la fin, écla­tantes jusque dans le froid.

Grat­i­tude

Dans ces matins d’hiver où la forêt se cou­vre de blanc, où les dernières feuilles de bouleaux et de chênes brû­lent encore de rouge et d’ocre, j’ai l’impression de courir au cœur même de la vie : frag­ile, vibrante et infin­i­ment belle.

Et chaque fois, je ne peux qu’être rem­plie de grat­i­tude devant tant de beauté.

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