J’ai grandi entourée de montagnes, de forêts, d’un lac sur lequel je patinais en hiver et où coassaient les grenouilles tôt au printemps. Notre grande terre vallonnée de plus de cent âcres était traversée d’un ruisseau qui débordait à la fonte des neiges. Les soirs d’été, je dormais la fenêtre ouverte pour entendre le ruisseau couler.
Un jour, j’ai choisi la ville. J’étais jeune et j’avais envie de nouveautés, de bruits pour m’étourdir, de belles boutiques et de vitrines remplies d’affaires.
Au fil du temps, le béton, les bouchons, les ruées dans le métro, la ville souterraine, les foules agglutinées, les cohues chez Costco ont fini par m’abrutir. Je ne supportais plus de voir les gens déambuler dans la rue ou s’entasser dans les bus et les trains, le regard rivé sur leur cellulaire. Je ne supportais plus la misère des uns et l’arrogance des autres. Je ne supportais plus rien. La ville, qui m’avait tant séduite, était en train de me vider.
Il est devenu urgent pour moi de revenir à mes sources pour me retrouver, pour reprendre contact avec ce qui m’avait forgée : les montagnes, la forêt, le vent dans les peupliers et le clapotis de l’eau.
C’était il y a dix ans. C’était hier.

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