Ce matin, nous avons couru cinq kilomètres dans la neige lourde et glissante par endroits. Cinq kilomètres à apprivoiser un sol instable, à négocier chaque pas, à écouter le crissement rassurant sous nos semelles et le claquement régulier des bâtons. Nos souffles cherchaient leur rythme, et nos corps, leur équilibre. Dans les montées, nous marchions. Dans les descentes, nous nous laissions glisser, avec cette prudence instinctive qu’impose la neige dans un sentier non-tapé.
Peu à peu, l’effort a fait taire ce qui, en moi, s’agite sans cesse : les inquiétudes, les délais, et la multitude de choses à faire qui s’accumulent sur ma liste. Tout cela a soudainement disparu : quand je cours, il me faut me concentrer sur le parcours. La forêt ne négocie pas. Elle m’accueille à ses conditions. Elle m’oblige à redevenir présente et attentive.
Mon écriture ne naît pas devant un écran, mais dans ces espaces où le corps se fatigue et s’épuise juste ce qu’il faut. J’écris avec mon corps : mes poumons, mes muscles, mes blessures, mes douleurs autant qu’avec ma tête, mon cœur, mes hésitations, mes silences et mes recommencements. J’écris avec ce que la forêt m’apprend : la patience, la lenteur, l’acceptation de ce que je ne peux contrôler.
Quand je cours, je ne m’éloigne pas de mon travail. J’y entre autrement. Je déleste. Je balaie mes tourments. Je crée des espaces où les mots, plus tard, pourront se déposer.
Au bout du compte, je passe peu de temps devant l’écran quand j’écris. Le plus gros de mon travail se prépare loin du clavier, loin de l’agitation du monde, dans un sentier forestier, entre des arbres silencieux, là où le bruit s’efface, et où je peux enfin entendre ce que l’écriture cherche à me dire.

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