Appeler les mots

11 Fév 2026 | Écriture, Nature

Partagez

Ce matin, nous avons cou­ru cinq kilo­mètres dans la neige lourde et glis­sante par endroits. Cinq kilo­mètres à apprivois­er un sol insta­ble, à négoci­er chaque pas, à écouter le crisse­ment ras­sur­ant sous nos semelles et le claque­ment réguli­er des bâtons. Nos souf­fles cher­chaient leur rythme, et nos corps, leur équili­bre. Dans les mon­tées, nous mar­chions. Dans les descentes, nous nous lais­sions gliss­er, avec cette pru­dence instinc­tive qu’impose la neige dans un sen­tier non-tapé.

Peu à peu, l’effort a fait taire ce qui, en moi, s’agite sans cesse : les inquié­tudes, les délais, et la mul­ti­tude de choses à faire qui s’accumulent sur ma liste. Tout cela a soudaine­ment dis­paru : quand je cours, il me faut me con­cen­tr­er sur le par­cours. La forêt ne négo­cie pas. Elle m’accueille à ses con­di­tions. Elle m’oblige à rede­venir présente et atten­tive.

Mon écri­t­ure ne naît pas devant un écran, mais dans ces espaces où le corps se fatigue et s’épuise juste ce qu’il faut. J’écris avec mon corps : mes poumons, mes mus­cles, mes blessures, mes douleurs autant qu’avec ma tête, mon cœur, mes hési­ta­tions, mes silences et mes recom­mence­ments. J’écris avec ce que la forêt m’apprend : la patience, la lenteur, l’acceptation de ce que je ne peux con­trôler.

Quand je cours, je ne m’éloigne pas de mon tra­vail. J’y entre autrement. Je déleste. Je bal­aie mes tour­ments. Je crée des espaces où les mots, plus tard, pour­ront se dépos­er.

Au bout du compte, je passe peu de temps devant l’écran quand j’écris. Le plus gros de mon tra­vail se pré­pare loin du clavier, loin de l’agitation du monde, dans un sen­tier foresti­er, entre des arbres silen­cieux, là où le bruit s’efface, et où je peux enfin enten­dre ce que l’écriture cherche à me dire.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *