Tu vois ce bleu-là ?
Je ne peux pas le saisir n’importe quand. Il apparaît dans mon jardin le matin, autour de dix heures, quand le soleil consent à l’offrir. Comme une ombre lumineuse, il glisse sur la neige en longues traînées obliques.
Rien n’est laissé au hasard. Pour que la lumière puisse passer, se faufiler et tracer ce que j’appelle mes codes-barres du bonheur, il faut ces arbres-là, ceux de la forêt, avec leurs troncs nus, dépouillés de branches basses. Il faut aussi qu’il fasse assez froid : la neige garde alors sa tenue, sa fine brillance. Dès que l’air se radoucit, elle se relâche, s’alourdit, et la lumière n’y accroche plus de la même façon. Un accord doit se faire entre tous ces éléments pour que l’image se donne.
Je crois que c’est toujours ainsi. Qu’on écrive, qu’on photographie ou qu’on peigne : on ne crée pas à partir du vide. On répond à ce qui est là. On se tient au bord du réel, et on attend qu’il nous traverse. Et quelque chose advient, ou non.
Cette image de mon jardin d’hiver n’existe que dans ce dialogue fragile avec ce qui nous entoure, avec l’autre. Elle dépend de cette rencontre.
C’est probablement l’une des dernières fois que je peux la capter ainsi. Bientôt, la neige va fondre, et la texture de guimauve avec elle, pour laisser place au vert.
Et certains jours… j’ai très hâte, ah ah !

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