Cette semaine, j’ai eu l’impression que la ville s’était réveillée dans un autre monde. La veille encore, les vitrines regorgeaient de sorcières, de citrouilles, de toiles d’araignées et de petits monstres en plastique. Le lendemain, Halloween s’était évanouie, balayée par la neige artificielle, les sapins enguirlandés, les angelus et les lutins taquins.
À l’épicerie, des airs de Noël flottaient déjà dans les haut-parleurs, tandis que les sacs de bonbons se bradaient à moitié prix. Comme si, d’un coup, on avait éclipsé la grisaille de novembre pour se blottir dans la promesse scintillante de décembre.
Je me suis demandé d’où venait, depuis quelques années, cette envie pressante de plonger si tôt dans le temps des Fêtes.
Serait-ce une manière d’oublier, l’espace d’un instant, la fragilité du monde ? Le climat qui se dérègle, les guerres, les menaces de l’intelligence artificielle ou le retour des dictatures…
Serait-ce pour renouer avec un cocon familier, celui de l’enfance, où tout semblait encore possible ?
Et si ces lumières qui clignotent dans nos sapins et dans les rues de nos villes étaient devenues, sans qu’on s’en rende compte, une façon de se protéger des soubresauts du monde ?
Je me suis donc laissée gagner, moi aussi, par cette féérie. Et j’ai dessiné ce petit village baigné de reflets dorés, avec ses maisons serrées comme des siamoises qui se tiennent chaud, et ses fenêtres pleines de promesses de joie.
Une façon de dire que, même si tout n’est pas paisible dehors, il reste ces petites flammes de tendresse et d’amour qui veillent à l’intérieur.
Finalement, qu’importe si c’est trop tôt pour allumer Noël, si c’est pour raviver en nous la beauté et la bienveillance.

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