Sophie-Luce Morin

Écrivaine

Accorder mon souffle à celui du monde

28 Sep 2025 | Beauté, Écriture

Partagez

La colline en feu

L’automne s’installe douce­ment. Sur la colline, les arbres s’allument les uns après les autres, comme si la nature avait décidé d’embraser la forêt de mille feux. Les verts cèdent peu à peu la place aux couleurs écla­tantes : ocres, jaunes lumineux, rouges ardents, orangés pétants. Toute cette beauté se reflète sur l’eau en une fresque mou­vante, le lac par­tic­i­pant lui aus­si à cette grande célébra­tion des couleurs et du temps qui s’enfuit.

Les saisons de la vie

Ce spec­ta­cle émer­veille et apaise à la fois. La lumière se feu­tre, les journées rac­cour­cis­sent. Et, dans son ralen­tisse­ment, le monde sem­ble nous inviter à trou­ver nous aus­si un rythme plus lent, à chercher refuge au chaud pour écouter nos pro­pres cycles de méta­mor­phoses intérieures.

Car les saisons de la vie se suc­cè­dent à l’image de celles de la nature, par­fois dans la douleur, par­fois dans l’émerveillement. Elles nous rap­pel­lent que la beauté se révèle autant dans la splen­deur que dans l’achèvement, et que tout, tou­jours, est appelé à se trans­former.

L’écriture comme mou­ve­ment

L’écriture suit le même mou­ve­ment que le paysage, qui n’est jamais fixe : il change selon l’heure du jour, la lumière, l’angle d’où on l’observe. Comme chaque feuille con­tribue à la beauté de l’ensemble, un mot en appelle un autre, une phrase se déploie, une idée s’approfondit. Peu à peu, une page entière prend vie.

Si écrire, c’est appren­dre à accueil­lir la mou­vance et l’impermanence, c’est aus­si con­sen­tir à s’arrêter, à s’asseoir au bord du quai ou ailleurs et à laiss­er la beauté du monde nous tra­vers­er. Ce sont dans ces moments sus­pendus que les idées sur­gis­sent, que les sou­venirs se ravivent, que les per­son­nages mur­murent, et que les his­toires nais­sent.

Entre douleur et joie

Mes livres sont habités par cette con­vic­tion : on peut trou­ver de la beauté dans ce qui se brise comme dans ce qui se noue, dans les revers comme dans les vic­toires, dans les aurores comme dans les cré­pus­cules.

L’écriture, pour­tant, n’apaise pas tou­jours. Elle peut raviv­er la douleur autant qu’elle peut l’adoucir. C’est juste­ment dans cette tra­ver­sée, entre blessure et apaise­ment, qu’elle ouvre peu à peu une voie vers la joie.

Peut-être est-ce cela, au fond, écrire : appren­dre à se dépos­er au bord du temps pour mieux observ­er. Se taire un instant, écouter le silence vibrant de la colline en feu, et laiss­er venir les mots qui, comme les feuilles, tombent douce­ment pour se dépos­er sur la page.

Ces paysages m’aident à écrire, mais surtout à vivre. Il suf­fit par­fois de lever les yeux vers la colline pour sen­tir que je ne suis pas seule : le monde entier m’accompagne, à sa manière, dans ce que j’ai à tra­vers­er et dans la façon de me racon­ter.

Et vous, devant quel paysage lais­sez-vous votre souf­fle s’accorder à celui du monde ?

0 Comments

Submit a Comment

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *