Confidences littéraires

27 Mai 2025 | Écriture, Réflexion

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Le chemin d’une lec­trice

Chaque fois que je fais le ménage de mes bib­lio­thèques, je mesure le chemin que j’ai par­cou­ru en tant que lec­trice. Mon doux, que j’en ai mis du temps avant d’en arriv­er à choisir un livre avec assur­ance ! Parce qu’il fut un temps où je fai­sais peu con­fi­ance à mes goûts lit­téraires. Je red­outais plus que tout d’être jugée pour mes choix de lec­ture. Je craig­nais de pass­er pour une ignare en admi­rant un roman jugé banal par les cri­tiques. Il ne m’était pas si aisé d’admettre que je n’avais pas aimé une œuvre saluée par la majorité, ou qu’un ennui mor­tel m’avait gag­née à la lec­ture d’un clas­sique réputé. Avouer, en plus, que je n’y avais rien com­pris était évidem­ment impens­able !

Les pre­mières lec­tures

Jeune, je ne me sou­ci­ais pas du regard des autres posé sur mes choix de lec­ture. La bib­lio­thèque de l’école était peu gar­nie et je venais vite à bout des romans de mon âge. Alors, je me tour­nais vers tout ce qui me tombait sous la main en dehors de l’école : jour­naux, ency­clopédies, et les mag­a­zines de ma mère – L’Actualité ou son Reader’s Digest. Mais déjà, j’avais des goûts bien défi­nis : les mys­tères et le fan­tas­tique.

Les débuts de lec­trice adulte

Quand j’ai com­mencé à tra­vailler, j’achetais au moins qua­tre à cinq romans par mois, ce qui gre­vait une grosse part de mon bud­get à l’époque ! Je me rac­crochais aux valeurs sûres, aux titres recon­nus, à ceux qui fai­saient bonne fig­ure sur une table de chevet ou dans une bib­lio­thèque. Je choi­sis­sais mes lec­tures en fonc­tion de listes, d’avis éclairés, de prix lit­téraires et, bien enten­du, des con­seils des libraires !

Le malaise face à la cri­tique

Mon malaise vis-à-vis de mes lec­tures s’est instal­lé peu à peu, je crois. Avec le recul, je pense que cela venait du fait que je me sen­tais peu out­il­lée pour éval­uer la qual­ité d’un texte. Pourquoi la cri­tique esti­mait-elle que tel livre méri­tait un prix et que tel autre resterait ignoré ? Je vivais comme une sorte de manque, un creux exis­ten­tiel, si je puis dire. C’était sans doute un appel à pour­suiv­re mes études dans cette direc­tion, je ne sais pas.

Appren­dre à se faire con­fi­ance

Il m’a fal­lu du temps, et plusieurs expéri­ences de lec­ture, pour com­pren­dre qu’on peut recon­naître les qual­ités d’un livre sans qu’il nous touche. Qu’on peut aimer un réc­it ignoré par les cri­tiques, s’il vient frap­per juste. Et que ce n’est pas une faute de préfér­er un roman de bord de mer à un mon­u­ment de la Pléi­ade. L’inverse est aus­si vrai.

Lire n’est pas une per­for­mance. C’est un dia­logue intime, sans cesse renou­velé, au rythme des étapes de vie que l’on fran­chit et de nos expéri­ences. Ce n’est pas le pres­tige d’un nom sur une cou­ver­ture qui crée la magie, mais l’écho qu’un texte trou­ve en moi. C’est plutôt cette page que je relis parce qu’elle m’a fait fris­son­ner. C’est cette phrase qui me revient, des jours plus tard, sans prévenir. C’est ce que le livre me fait décou­vrir de moi, et du monde.

Lire : un appren­tis­sage

Cette époque est bien loin­taine, main­tenant. Mais quelque chose me dit que je ne suis pas la seule à avoir vécu ces doutes vis-à-vis mon rap­port au livre. Saviez-vous que la lec­ture n’a rien d’inné ? Qu’au­cune région pré­cise du cerveau n’est naturelle­ment dédiée à cette tâche ? Le tout jeune lecteur doit appren­dre à déchiffr­er et à reli­er des signes à des sons, puis à des idées. Cela demande de la patience, de la pra­tique, et j’oserais même avancer un cer­tain courage. On devient un bon lecteur en lisant, tout sim­ple­ment. Et on lit mieux, ou autrement, quand on écrit aus­si. Pour la majorité des lecteurs, il n’est nul besoin de maîtris­er tous les codes de la lit­téra­ture pour appréci­er un livre. Ce qui compte, c’est ce qui résonne en nous.

Lire aujourd’hui

Aujourd’hui, bien sûr, je ne me soucie plus de ce que les autres peu­vent penser de mes goûts lit­téraires – si jamais ils en pensent quelque chose, ah ah ! Je choi­sis mes livres comme je choi­sis les per­son­nes qui m’entourent : parce qu’ils m’attirent, m’intriguent ou me touchent d’une manière que je ne saurais tout à fait expli­quer. Je sais désor­mais que même une lec­ture déce­vante peut me con­duire vers celle qui me trans­formera. Et qu’un livre qui ne m’interpelle pas aujourd’hui pour­rait bien me boule­vers­er demain. C’est le cas avec l’œuvre d’Amélie Nothomb, que j’ai longtemps ignorée, mais dont je me gave aujourd’hui. Je ne peux d’ailleurs que con­stater tout ce que j’ai man­qué en ne l’ayant pas fréquen­tée pen­dant toutes ces années.

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