Sophie-Luce Morin

Écrivaine

La pluie tambourine depuis des jours

30 Mai 2025 | Réflexions éparses

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La pluie tam­bourine depuis des jours. Elle détrempe les jardins et ruine les plans. On se plaint, on soupire, on réclame le soleil comme une délivrance.

De la fenêtre de mon bureau, à l’abri du vent et du froid, je regarde la pluie trac­er des sil­lons sur les vit­res.

Et je pense à ceux qui n’ont plus de toit. À ceux pour qui la pluie est une men­ace pour la sécu­rité, la san­té et par­fois même la vie. À ceux qui dor­ment sous les bombes, ou fuient des pays brûlés par la guerre ou la sécher­esse.

Je pense à ceux pour qui l’eau n’est pas un désagré­ment, mais un mirage. À ceux pour qui la pluie ne vient jamais. À ceux pour qui chaque goutte serait une béné­dic­tion.

Je pense aus­si à ceux pour qui la pluie n’est même plus un sujet de préoc­cu­pa­tion, hap­pés qu’ils sont par la guerre, la famine, l’exil ou l’effondrement. Et pour eux, le sim­ple incon­fort d’une météo déce­vante serait un luxe inespéré.

Je me dis qu’il faut appren­dre à accueil­lir les jours gris. Appren­dre à ne pas les maudire. Parce qu’ils font par­tie de l’équilibre du monde. Et qu’ils nous rap­pel­lent, même si cela nous dérange, tout ce que nous avons, et tout ce que d’autres n’ont pas ou plus.

Quand j’ai envie de chialer, je me rap­pelle le priv­ilège que j’ai de pou­voir dire : « Il pleut encore. »

Enfin, j’essaye de ne pas me plain­dre. Mais ça ne marche pas tou­jours, ah ah  !

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