Je suis restée longtemps devant cet arbre déraciné. Il s’offrait à mon regard, vulnérable, silencieux, comme une prière muette. J’étais fascinée.
Ses racines enchevêtrées dessinaient une structure complexe, presque sacrée. Une œuvre patiemment tissée, au fil des décennies, dans l’obscurité du sol.
Je me suis dit qu’on ne voit jamais ce qu’un arbre déploie pour tenir debout. Parce qu’elle est invisible, on oublie toute cette vie qui travaille sous nos pieds.
Et puis, quand les bourrasques font tomber son tronc, alors se révèle, dans toute sa clarté, la force souterraine de l’arbre, sa splendeur cachée, la beauté des attaches invisibles.
Et je me suis dit encore : quand les jours sont plus durs, je dois me rappeler les arbres. Car, comme eux, j’ai des racines qui se déploient dans le sol. Et même fortement ébranlée, je garde intacte ce qui m’a construite.
Tomber, parfois, c’est découvrir cette part de nous qui sait plier sans rompre et renaître malgré tout.

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