Ma montagne peuplée de géants

17 Oct 2025 | Beauté, Jardin

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Depuis que je vis ici, dans ma mon­tagne peu­plée de géants, l’automne est devenu ma sai­son préférée. Mais cette fois-ci, il sem­ble que le charme se soit rompu. Je ne suis pas dans la joie comme je l’étais. Oui, c’est beau. Oui, c’est apaisant. Oui, ça sent bon. Oui, oui, oui. Mais non, je ne vis pas ce change­ment avec la même légèreté.

Peut-être parce que je n’ai pas vu l’été pass­er. Il a plu une bonne par­tie de la sai­son. Puis, quand la pluie a cessé, la sécher­esse s’est instal­lée et, avec elle, la fumée des feux de forêt a pris le relais. Décidé­ment, tout allait un peu de tra­vers cette année, côté tem­péra­ture comme ailleurs.

Mais l’automne se fiche pas mal de nos états d’âme. Il revient, fidèle et somptueux. Les fougères rous­sis­sent, les érables s’embrasent, la lumière se fait plus douce. Et il suf­fit par­fois d’un ray­on oblique sur une feuille pour que la mélan­col­ie se trans­forme en grat­i­tude.

Appren­dre à aimer l’automne, c’est peut-être appren­dre à accueil­lir ce qui décline. À ne pas fuir les saisons qui se refer­ment, celles où tout ralen­tit, où la lumière se fait rare et le silence plus dense. On célèbre volon­tiers le print­emps et l’été, mais on oublie que l’automne et l’hiver ont, eux aus­si, leur beauté : plus sobre, plus intérieure, presque mys­tique.

C’est pourquoi j’aimerais réap­pren­dre à me laiss­er tra­vers­er par la lumière, par la magie, par ce qui est en train de chang­er, sans chercher à con­trôler, à retenir ni à me pro­téger. J’essaie d’accepter pleine­ment ce qui vient : la fatigue, la nos­tal­gie, mais aus­si la beauté frag­ile de l’automne. Je veux être comme la forêt, qui se laisse tra­vers­er par la lumière, le vent, le froid, sans lut­ter, sans fuir.

Bien sûr, c’est plus facile d’adopter cette atti­tude en gar­dant le print­emps en tête, en me dis­ant que chaque jour m’en rap­proche un peu plus. Mais peut-être suf­fit-il, pour aujourd’hui, d’accueillir ce qui se défait, et d’y recon­naître encore, mal­gré tout, une forme de beauté.

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